Extraits

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JgLa rencontre: ce que recouvrait ce mot, ″aller au devant de, encore″, correspondait à sa démarche opiniâtre, même s’il éprouvait le besoin de le cerner en le comparant avec ceux de commerce ou de fréquentation. Accointance, intimité lui venaient à l’esprit. Puis, dans le désordre, la relation, l'association, l'alliance, le couple, voire l'aventure, défilaient sans être sollicités! Tous entraient dans la définition et prenaient plus ou moins d’importance, selon le cas.

Toutes les rencontres lui plaisaient pour peu qu’elles aient les couleurs de l’authenticité.

Combien de fois, cette occurrence magique, s’était-il complu à en déchiffrer la formule: une dose de surprise, une pointe d’émotion, quelques gouttes de mystère, une part de hasard et de l’amour, beaucoup d’amour. Une pincée de non conformisme peut l’épicer et, sous l’effet d’une conversation de qualité, elle pétille! Julien n’était pas de ceux qui attendent qu’on le rencontre. Il ne pouvait passer sous silence le rôle du hasard, mais il n’épargnait pas sa peine quand il souhaitait rencontrer. Avec pour seule arme la séduction, il n’hésitait pas à faire le siège des convenances, à chasser la horde des réticences. Il savait qu’il lui faudrait être patient, fournir maintes assurances pour que l’inconnu, bardé de préjugés et jaloux de son identité, devienne son intime, qu’il livre ce qui se cache sous les apparences. Pour atteindre cette vibration où le passé, l’éducation, la personnalité des deux partenaires s’accordent et s’opposent à la façon du yin et du yang, il ne ménageait pas sa peine. Au plus vite, il voulait la rencontre incisive, percutante, dégagée de ses scories. Elle n’est rien si elle doit se résumer à une convenance sociale. Il faut qu’elle permette, à l’un comme à l’autre, de s’élever, de devenir meilleur.

 

Et puis, comment ne pas évoquer sa rencontre avec le cheval. Depuis sa plus tendre enfance, il était amoureux du bel animal. Au fil des ans, cette attirance n’avait fait que croître. Il aimait caresser sa croupe, son crin rêche ou soyeux, le satiné de ses naseaux, le rideau de ses cils. Au grand galop, sur des plages désertes, son inexpérience lui avait joué des tours. Econduit de façon brutale, il avait appris qu’il faut du tact, du doigté, de la légèreté, savoir être à l'écoute, s'oublier pour obtenir d’un partenaire, quel qu’il soit, ce que l’on souhaite. Que de moments rares, l’un pimpant, l’autre bien bouchonné, ils avaient passés ensemble! Il se revoyait, avec un de ces chevaux blancs de Camargue, sur une plage immense. Unis dans un galop cadencé, sous un ciel coloré par le vol des flamands, que c'était bon de se faire comprendre sans dire un mot ou de voir ses intentions anticipées! D’une oreille, parfois des deux, sa monture lui adressait un reproche, un conseil, quelquefois un compliment. Cette conversation muette le ravissait.

 

Les mots: il aimait leur musique, leur couleur, leur odeur, leur goût. Certains fondent comme un bonbon dans la bouche ou vous écorchent le palais, d’autres évoquent un parfum déjà humé. A sa stupéfaction, son vocabulaire se limitait à quelques-uns, car il s’en méfiait. D’aucuns lui jouaient des tours en se laissant utiliser mal à propos. Il en estropiait certains. A d’autres, il voulait absolument donner un sens qu’ils n’avaient pas. Bref, à sa disposition, il y avait le cœur de cible, constitué par ceux qu’il connaissait bien, puis un petit cercle avec ceux qu’il approchait en hésitant, venaient ensuite ceux dont il avait entendu parler et le grand cercle des inconnus. Leur orthographe posait, parfois, problème, tout comme leur agencement. Certains n’aimaient pas cohabiter ou préféraient se trouver à un endroit plutôt qu’un autre. Mais, avec eux, il passait du bon temps. Les aligner lui permettait de vaincre sa pudeur; la crainte d’une perte de contrôle s’estompait. Parfois, il se battait contre les répétitions, incapable de trouver au mot trop gourmand un cousin germain. Il arrivait que certains, facétieux, se cachent, l’obligeant à les chercher longtemps. 

 

Combien de temps avait-il fallu pour que les Dieux lui offrent cette folle nuit d'amour, sublimée par le doux murmure d'une roselière et le mugissement lointain d’un taureau esseulé. Ils s’étaient attardés sur les préliminaires, à l’instar de ces touristes avertis qui prennent le temps de s’imprégner des environs avant de visiter la merveille du lieu.....L'aventure en eaux troubles ne l'intéressait pas dès lors qu'elle se résumât au sexe. Avec son ″x″ en plein milieu, incapable d'échapper à la férule des instincts les plus bas, il pouvait ressembler à du fil barbelé. S’il ne constitue pas l'ultime dialogue, comparable à celui qui se passe de mots, il perd de sa saveur. Mais, de toutes les rencontres, il fait de celle avec une femme, la plus périlleuse et la plus accomplie.

  

 

    

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