2022

La séance de signature

Jg 3Pour celui qui s'essaye à la littérature, cette séance permet de rédiger quelques dédicaces et, à défaut, de se faire connaitre.

Alors, dans un salon du livre, chez un libraire, une maison de la presse, dans une résidence senior, sur un marché, au coeur d'un vide grenier, "l'artiste", pour quelques heures, voire une journée entière,  va se consacrer à la promotion d'un ou de ses livres.

Il sortira de la séance épuisé, la bouche sèche d'avoir trop parlé, toujours surpris de voir un inconnu s'emparer d'un bouquin dont la couverture pourrait se borner à un gros point d'interrogation.

Il croisera ceux qui naïvement confessent ne jamais lire, ceux qui ne l'avouent qu'après un long plaidoyer de l'auteur en faveur de son livre, ceux qui engagent la conversation et disent n'être venus que pour le plaisir de tailler une bavette ! 

Mais il fera aussi quelques belles rencontres avec ceux qui ont tenté l'aventure sans aller jusqu'au bout faute d'inspiration, avec d'autres qui au terme d'une collecte prolifique ne savent plus comment l'utiliser ou la mettre en forme. Que dire de ceux qui après être allé jusqu'au bout renoncent à publier après avoir tenté l'aventure auprès de nombreux éditeurs et qui n'ont pas les moyens de

s'offrir un édition à compte d'auteur.

Parmi eux, il y a de futurs lecteurs touchés parfois par la compassion de l'auteur plus que par son livre. D'ailleurs, d'autres le sont par la sympathie qu'il inspire ou par ce qui figure  en couverture ou au dos de l'ouvrage. Mystère...

La séance de signature ne se soldera pas toujours par un succès, mais elle donnera souvent lieu à quelques belles rencontres avec un confrère ou avec un visiteur trouvant là le moyen de se livrer à quelques aveux particulièrement touchants. 

Le ressenti

Chat 7 20210621 183311"On ne peut jamais écrire ce que l'on ressent vraiment. Les mots ne peuvent s'élever dans les airs avec le coeur. Ils ne font que tomber sur le papier." A qui le dis-tu, mon bon Lao She. je m'en rends compte chaque fois que je prends la plume.

Alors mon esprit prend la large. Il papillonne, me demande insidieusement ce que je pense du temps qu'il fait. Il sait que je vais maugréer après les météorologues, après celui qui s'est emparé du mot "ressenti", jusqu'à nous faire croire que nous avons tous le même concernant la température ambiante.

Avant, quand l'un disait "je sens qu'il fait froid", jamais il ne se serait permis d'ajouter "mais mon ressenti..." au risque de déclencher une discussion pouvant se terminer par "je sens que ça va mal finir."

Généralisé, le ressenti...ment! Et ce n'est pas l'unique objet de mon ressentiment! Les limitations de vitesse fantaisistes, les 2 verres d'alcool acceptables, mais pas tous les jours, les 5 fruits et légumes à avaler ou à se payer tous les jours ... Tout y passe jusqu' à ce que mon ressenti redevienne acceptable.

Sollicitée, Mimine refuse de prendre part à la conversation. Tout juste semble-t-elle me dire " regarde-moi. Allons, détends-toi!"

méditation hivernale

Bords de marne janv 21Pourquoi, les mois d'hiver, le soleil nous abandonne-t-il si souvent? cèderait-il à la mode du télétravail? Or, rien de tel qu'un ciel gris pour faire grise mine ou pour broyer du noir quand il devient trop sombre.

Le froid s'acharne à décharner les arbres ainsi que nos pensées. Dehors, un silence neigeux accompagne nos pas, un air poisseux colle à la peau et nous errons dans des tableaux dignes d'un Pissarro.

La libido n'est plus qu'un souvenir. Nous ne désirons rien. le temps ne scande plus nos faits et gestes. Il nous échappe.  Il s'évapore au profit de la léthargie. Ne reste plus qu'à se griser en guettant le retour de celui qui éclaire et réchauffe.

Un seul de ses rayons peut tout changer: une fleur jaune éclot, une mésange zinzinule, le sourire d'une petite fille nous émerveille et nous vient sur les lèvres "au printemps, au printemps, et mon coeur et ton coeur..."

LE MASQUE

Img 20220110 173956Qu'il soit chirurgical ou en bec de canard, rose bleu, vert, assorti à un sac ou à une cravate, chacun porte son masque en se demandant jusqu'où ira la mascarade.

Nous ne communiquons plus qu'à moitié.

Certes, bleu d'azur, de jais, clairs, foncés, pers, marrons, noisette, qu'ils soient durs, coquins, étonnés, froids, ingénus, narquois, profonds, rieurs, les yeux nous parlent.

On voit la paille dans ceux du voisin même s'il s'en bat l'oeil ou qu'il rétorque: " l'essentiel aujourd'hui, c'est d'avoir bon pied, bon oeil et d'éviter d'avoir froid aux yeux.

Mais le regard, capable de suppléer à ce qu'on ne peut dire, ne peut s'opposer à une langue qui se tire, à des lèvres  qui se froncent, se pincent ou se mordent. Masqué, comment  rester suspendu aux lèvres d'un ami ou permettre à un malentendant de lire sur les lèvres?

Outre le plaisir d'admirer une bouche aux dents blanches, rose, rouge, de corail, provocante ou gourmande, en coeur ou en cul de poule, il nous ôte le pouvoir... d'embrasser! Or, comment mieux communiquer que par l'intermédiaire d'un baiser?

Celui qui a dit " le monde est un grand bal où tout le monde est masqué " ne croyait pas si bien dire.

Vienne le temps où nous pourrons tomber le masque même si, comme par le passé, nous nous efforcerons de rester déguisés,

de peur d'être démasqués.